Les rêves, coulisses de notre inconscient

Bonjour à tous et à toutes,
un article un peu long… une fois n’est pas coutume… pour tenter de faire le tour d’un sujet où la science fait de son mieux pour comprendre le phénomène des rêves et des implications qui en découlent.
Fantasme ou réalité?
Je vous invite après la lecture de cet article à faire une expérience prometteuse : posez chaque soir un cahier et un stylo, près de votre lit, et avant de vous endormir, laissez votre pensée, votre conscience, poser l’intention de vous souvenir de vos rêves. Puis notez les…
Je vous invite ensuite à témoigner de votre expérience en commentaires après cet article.

Source :http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140212.OBS5986/video-pourquoi-le-cerveau-se-souvient-t-il-des-reves.html

L’équipe de Perrine Ruby, du centre de recherche en neurosciences de Lyon (Inserm / CNRS / Université Claude Bernard Lyon 1) a étudié l’activité cérébrale de personnes afin de comparer celles qui se souviennent de leurs rêves et celles qui ne s’en souviennent pas.

Une jonction temporo-pariétale plus active

Dans de précédents travaux publiés en janvier 2013, l’équipe de Perrine Ruby avait réalisé deux constats : les “grands rêveurs” comptabilisent 2 fois plus de phases de réveil pendant le sommeil que les “petits rêveurs” et leur cerveau est plus réactif aux stimuli de l’environnement. L’objectif devenait alors de savoir s’il y avait une différence dans le cerveau pouvant expliquer cela. Et, en effet, la nouvelle étude, publiée dans la revue médicaleNeuropharmacology montre que la jonction temporo-pariétale, un carrefour du traitement de l’information dans le cerveau, est plus active chez ceux qui rêvent beaucoup et qui s’en souviennent. Elle induirait une plus grande réactivité aux stimulations extérieures et faciliterait ainsi une augmentation du nombre de phases d’éveil au cours du sommeil, utile à la mémorisation des rêves.

41 rêveurs répartis en 2 groupes

Pour observer cela, les chercheurs ont mesuré l’activité cérébrale spontanée en Tomographie par Emission de Positons (TEP) à l’éveil et pendant le sommeil chez 41 rêveurs volontaires. Les volontaires ont été classés en 2 groupes : 21 “grands rêveurs” se souvenant de leur rêve en moyenne 5.2 fois par semaine et 20 “petits rêveurs” rapportant en moyenne 2 rêves par mois.

Il est possible que les grands rêveurs produisent une plus grande quantité de rêve

Les résultats révèlent que les grands rêveurs présentent une activité cérébrale spontanée plus forte pendant leur sommeil au niveau du cortex préfrontal médian (MPFC) et de la jonction temporo-pariétale (JTP), une zone cérébrale impliquée dans l’orientation de l’attention vers les stimuli extérieurs. D’ailleurs, le neuropsychologue sud-africain Mark Solms avait remarqué dans de précédents travaux que des lésions de ces deux zones conduisaient à une cessation des souvenirs de rêves.

“Ces résultats montrent que les grands et petits rêveurs se différencient en terme de mémorisation du rêve mais n’excluent pas qu’ils se différencient également en terme de production de rêve. En effet, il est possible que les grands rêveurs produisent une plus grande quantité de rêve”, conclut l’équipe de recherche.

Mais qu’est ce que la JTP et qu’elle est sa fonction?

Fonction du carrefour temporo-pariétal

Le carrefour temporo-pariétal est impliqué dans différentes fonctions et permettrait notamment de se souvenir de ses rêves. En effet, dans une étude parue en 2014 dans la revueNeuropsychopharmacology, des chercheurs français ont montré que cette région cérébrale est plus active chez les grands rêveurs que chez les petits rêveurs. Le carrefour temporo-pariétal faciliterait le réveil au cours du sommeil et donc la mémorisation des rêves.

La jonction temporo-pariétale a aussi été impliquée dans l’empathie et dans la distinction entre soi et les autres : la jonction temporo-pariétale droite serait plus activée lorsque l’individu adopte davantage la perspective d’autrui que la sienne pour apprécier une émotion ou une douleur.d6207c5a01_Temporoparietal_junction_diagram__2_

Le carrefour temporo-pariétal se trouve à la jonction des lobes pariétal et temporal du cerveau. © Sransom2, Wikipedia, CC by-sa 3.0

Que peut-on en déduire ?

Rêver est une activité nocturne qui peut durer de 10 minutes à plus d’une heure. Cette production du cerveau durant notre sommeil nous intrigue, tant elle garde de mystères. On parle beaucoup de l’interprétation des rêves, de leur fonction et de leurs formes particulières comme le cauchemar, le rêve prémonitoire ou encore le rêve lucide. Mais que sait-on exactement sur le rêve, de façon scientifique ?

Léger, lent/profond et paradoxal… nos nuits de sommeil se découpent en plusieurs phases. C’est principalement au cours des deux dernières que surviennent les rêves. Quant à la question du souvenir, elle est surtout liée à la phase de réveil.

Si 40 % des réveils en sommeil lent donnent lieu à un rappel de rêve, le récit en sera nettement plus précis et plus riche, si ce réveil survient au cours d’une phase de sommeil paradoxal. Or ce dernier représente 20 % de notre temps de sommeil total.

D’une manière générale, les spécialistes des troubles du sommeil s’accordent à dire qu’il n’est pas important de se souvenir de ses rêves. Ce n’est pourtant pas l’avis des « psys ». Cette question en effet, intéresse beaucoup plus les psychanalystes ou les psychologues, et leurs patients : ceux qui suivent une thérapie centrée sur l’interprétation des rêves.

Sources :

  • Interview du Pr Yves Dauvilliers (CHU Montpellier), 6 septembre 2011
  • Institut du sommeil et de la vigilance, site consulté le 12 septembre 2011.

Le rêve comme purge du cerveau          

D´après l’allemand W, Robert, en 1886, le rêve est l’effet d’un processus somatique d´ »élimination de pensées étouffées dans l’œuf  » : on ne peut évacuer les impressions informes et les pensées non élaborées, sources de tension psychique, qu’en les complétant par des emprunts à l’imagination. S’il ne s’agit pas ici d’un processus psychique, la notion de mise en scène, véritable fabrication de l´imagerie onirique, est commune à la théorie de Freud. On retrouve cette idée un siècle plus tard, en 1983, dans la théorie de Francis Crick et Graeme Mitchison, pour laquelle le rêve est un processus d’oubli : isolé pendant le sommeil paradoxal, le réseau neuronal serait purgé des informations parasites grâce à l’activation aléatoire des ondes PGO. Mais il reste alors à expliquer comment s’effectue le tri entre ce qui est signifiant et ce qui ne l’est pas.

          Le rêve comme soupape de l’esprit

Avec la publication de Die Traumdeutung en 1899, Sigmund Freud marque pour longtemps les esprits. Selon lui, l’homme forme des désirs et des pulsions qui, inacceptables pour la conscience, sont refoulés par celle-ci. Il leur correspond une énergie emmagasinée que le cerveau doit évacuer pour se soulager d’une tension psychique. Le rêve autorise cette libération en déguisant ces désirs au moyen d’une mise en scène de matériaux mnésiques et symboliques. Les arguments physiologiques avancés par Freud ont été largement réfutés. L´hypothèse que les rêves se nourrissent des conflits de la petite enfance est remise en cause par la probable existence de sommeil paradoxal chez les nouveau-nés et certains animaux. Traditionnellement opposée à celle de Freud, la théorie de Carl Jung, au début du XXe siècle, envisage le rêve comme un moyen d’accès direct à l’inconscient individuel au sein d’un inconscient collectif, et révèle davantage les conflits actuels que ceux de l’enfance. Ces deux théories se rejoignent pourtant, en ce sens que le rêve découvre et régule les désirs et les affres de l’individu dans son intégration à l’environnement.

Le rêve comme entretien des circuits neuronaux          

Selon la théorie du « rêve sentinelle  » de Snyder (1966), la stimulation corticale pendant le sommeil paradoxal permettrait à l’animal endormi de rester prêt à réagir rapidement en cas de péril. Mais le seuil d’éveil plus élevé au cours de cette phase et le fait que l’on observe plus de sommeil paradoxal chez les animaux les moins sujets à la prédation ne plaident pas en faveur de cette hypothèse. J. Allan Hobson a proposé que le sommeil paradoxal autorise à la fois le repos du système nerveux de la motricité et de l’attention et l’excitation du système nerveux non fatigable, en particulier des circuits essentiels ou des circuits servant peu fréquemment. De cette activation découlerait la synthèse par le cortex des scénarios oniriques. Comme le suggéra Edouard Claparède en 1905, le rêve pourrait être un exercice de création permettant la réactivation de processus mentaux et le test de comportements innés ou acquis, ce que peut illustrer l’expérience de Michel Jouvet et de Jean-Pierre Sastre sur le  » comportement onirique  » du chat : celui-ci, après une lésion du Locus coeruleus a (qui inhibe le système moteur pendant le sommeil paradoxal), semble mimer des comportements instinctifs typiques. Cependant, la privation de cette phase de sommeil ne met pas en évidence une altération des comportements instinctifs.

          Le rêve comme gardien du sommeil

L´idée que le rêve préserve le dormeur d’un réveil intempestif apparaît dans la théorie de Freud, pour qui la satisfaction hallucinatoire rend tolérable les vérités refoulées du sujet conscient, et prétend ainsi expliquer le cauchemar comme un échec du rêve. Elle est aussi présente dans l’hypothèse de Frederick Snyder pour laquelle les productions gratifiantes des rêves assureraient la continuité du sommeil afin d’amoindrir le stress du maintien de la vigilance. Si les hypothèses de Freud et de Snyder diffèrent par la nature des causes du stress, elles ne sont pas antinomiques pour autant : chaque espèce pourrait avoir à se préserver du stress de la régulation de ses propres tensions.

Le rêve comme apprentissage          

En 1966, Howard Roffwarg, Joseph Muzio et William Dement, après s’être interrogés sur l´existence d’un sommeil « sismique  » prénatal et sur la prédominance du sommeil paradoxal après la naissance, ont proposé que le sommeil paradoxal jouait un rôle déterminant dans la maturation du système nerveux central à une période où le cerveau manque de stimulations externes. Mais cette thèse n’a jamais été confirmée et explique mal la persistance de sommeil paradoxal chez l’adulte. En 1969, l’informaticien Edmond Dewan s’inspira du fonctionnement des ordinateurs : au sommeil paradoxal correspondrait un programme de développement du cerveau embryonnaire, d’élaboration de nouveaux circuits fonctionnels après une lésion, et de consolidation des processus de mémorisation. Des expériences sur l’apprentissage des rats montrèrent dans les années 70 que la privation de sommeil paradoxal diminuait l’acquisition de tâches complexes. Bloch et ses collaborateurs suggérèrent alors le rôle essentiel de ce type de sommeil dans la mémorisation. Mais le lien entre apprentissage et sommeil paradoxal chez l’homme n’a pas été clairement établi. Le rêve est-il un moteur ou une conséquence du développement cognitif ? Rien ne tranche.

          Le rêve comme création artistique

Nos rêves comportent parfois des scènes visuelles ou des mélodies foncièrement originales. La capacité créative du cerveau rêvant s’est vue glorifiée par quelques réalisations historiques – prétendument inspirées par des rêves, parmi lesquelles figurent la découverte de la structure de la molécule de benzène par Auguste Kekulé et la composition de la Sonate du diable de Giuseppe Tartini. Le rêve pourrait n’avoir pour fonction la production d’un spectacle fantastique se nourrissant de nos fantasmes et de nos angoisses. Telle est l’hypothèse de Hobson, pour qui notre cerveau est fondamentalement artiste, pour notre plaisir. Le rêve est peut-être une activité gratuite, rendue possible par l’absence de nombreuses contraintes (somatiques, cognitives, morales…) qui pèsent sur le sujet éveillé.

Le rêve comme adaptation psychosociale          

Chez la plupart des indiens d’Amérique du Nord comme chez les aborigènes d´Australie, les expériences oniriques sont au moins aussi importantes que celles de la veille ; elles dictent souvent leur conduite. Dans une étude sur seize tribus indiennes, Stanley Krippner et April Thomsom montrent comment l’interprétation des rêves entretient l’identité culturelle. Chez certaines de ces tribus, comme les Ojibwas, les rêves sont intégrés à la réalité et aux croyances du clan. Cette recherche d’équilibre individuel et de responsabilité sociale témoigne ainsi d’une fonction d’adaptation psychosociale qui, par ses aspects mystiques, n’est pas sans rappeler certaines idées de Jung. Si le rêve des indiens peut nous sembler étrange, c’est sans doute que, depuis Descartes, en dévalorisant la moitié nocturne de notre vie, nous avons opéré une coupure radicale entre le psychique et le social.

          Le rêve comme rappel à l’ordre

Les populations africaines de l’ancienne côte des Esclaves, l’âme humaine, avant de prendre corps dans le sein d’une femme, séjourne dans un « monde de l’origine « , situé symboliquement dans les entrailles de la Terre. Dans ce lieu où demeurent les germes des expériences possibles, elle s’attribue un lot de possibilités, un patrimoine à faire fructifier, et conçoit les grandes lignes de son existence future. A la naissance, elle perd contact avec ce monde où sont conservés les objets fondamentaux de son désir, et ne sera heureuse qu’à condition de leur rester fidèle. Le rêve sera souvent l’occasion pour des entités protectrices (ancêtres, génies célestes) de rappeler le sujet à l’ordre s’il déroge à son destin. Insignifiance, malheur et maladie suivent immanquablement une inadéquation entre son existence effective et celle antérieurement imaginée. Le rêve contribuerait donc à restaurer les bonnes relations de l’homme avec de telles déterminations originelles. Pour l’ethnologue Albert de Surgy, la comparaison de ces déterminations avec les inscriptions du génome peut suggérer une analogie avec la théorie de Jouvet.

Le rêve comme gardien des comportements spécifiques          

Michel Jouvet a proposé, en 1991, la théorie de la programmation génétique itérative ; chez les homéothermes, le sommeil paradoxal réactiverait périodiquement les comportements spécifiques de l’individu (les comportements communs à l’espèce étant sans doute définitivement établis une fois achevée la neurogenèse). Cette hypothèse, étayée par l’observation de souris consanguines et de profils psychologiques de jumeaux homozygotes, suggère que le rêve maintienne l’individuation psychologique, perpétuant une diversité naturelle nécessaire. Mais rien n’assure que le sommeil paradoxal soit seul responsable d’une telle reprogrammation. De plus, où se situe la frontière entre comportements individuels et comportements communs ? Or c’est davantage au niveau idéologique que l’idée de Jouvet a été critiquée : en tant que théorie génétique, elle peut être matière à des discriminations abusives ; c’est pourquoi il rencontra des difficultés à réaliser des comparaisons interethniques sur les caractéristiques du sommeil paradoxal. Cette théorie représente cependant aujourd’hui l’une des seules approches évolutionnistes du problème de la fonction des rêves.

C’est à vous de jouer !

 

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